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Archives de septembre, 2010

Récit de voyage #7 : Capitol Reef National Park, les premières nations

Si jamais il y a un lecteur perdu par hasard ici et qui doit planifier un voyage, je préfère le dire très haut : il n’y a PAS de pompe à essence entre la ville de Green River et celle de Fruita. Il faut donc faire le plein, ce que nous n’avions pas fait… immédiatement. Cependant, c’est avec le réservoir bien plein que nous nous engageons sur la longue et belle route descendant vers le sud et le parc de Capitol Reef, bien méconnu du grand public. Ce qui nous arrange. N’empêche que… ils ne savent pas ce qu’ils ratent. Capitol Reef est extrêmement isolé, sans être forcément difficile d’accès, il n’y a pas de ville alentour. La plus proche est Torrey, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest, mais n’a rien d’autre à proposer qu’une ou deux stations services, une petite épicerie où l’on trouve de tout mais à un prix qui fait exploser la tête, et un petit bureau de poste. C’est déjà pas mal pour un petit village de 100 habitants, où l’on voit quand-même la légère empreinte du tourisme, avec un ou deux motels en bord de route. Comme toutes les petites villes de la région, c’est bien-sûr un village créé par des pionniers mormons, qui ne manque à mon avis pas de charme.

Même si l’on passe non loin du Anazasi State Park, que j’aurais vraiment aimé avoir le temps de visiter, Fruita est plutôt un des anciens lieux de vie de la population Fremont, très influente et dispersée dans tout le sud de l’Utah, jusqu’aux frontières actuelles du Colorado, de l’Idaho et du Nevada. Les Fremont sont beaucoup moins étudiés que les Anasazi, et on ne sait d’ailleurs toujours pas avec certitude pourquoi quelques Fremont ont quitté leurs lieux de population « classiques » pour venir s’isoler dans le canyon de Capitol Reef : les conditions de vie y sont difficiles et l’hiver très rigoureux… Les archéologues énoncent cependant quelques hypothèses : ils ont voulu s’isoler pour être indépendants et fuir les pressions des autres tribus, par exemple… En attendant, les Fremont laissent un témoignage très riche dans la vallée, avec de nombreux pétroglyphes vraiment bien visibles, malgré quelques effondrements. On ne connait pas encore la signification de ce que l’on appelle le « rock art », terme de plus en plus remis en cause car l’on ne sait même pas si ces gravures avaient une fonction artistique ou utilitaire, mais ce n’est pas grave, avoir le privilège d’admirer un si beau témoignage d’une population disparue, d’une époque si lointaine, ça a quelque chose de magique, et personnellement, ça m’a fait tourner la tête…

Récit de voyage #8 : Capitol Reef National Park, les mormons

J’ai souvent remarqué que mes interlocuteurs français confondaient presque tout le temps les populations amishes et mormones. Une fois que les bases sont établies, il y a toujours cette moquerie persistante envers l’Église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour (nom officiel), souvent considérée comme une secte en France, mais qui commence à être réhabilitée comme religion. L’autre chose dont on me parle immédiatement : c’est la polygamie (appelée « mariage plural » pour être politiquement correct). Effectivement, la polygamie est une des bases importantes de la religion mormone, mais ce n’est cependant pas uniquement comme ça qu’elle se définit, et ce n’est pas non plus son fondement. Je ne vais pas faire un cours d’histoire mormone, car je suis loin d’être qualifiée à ce sujet, mais je conseille à tous de voir l’épisode de South Park, « Tout sur les mormons » (« All about mormons ») qui présente de façon grinçante et vraiment drôle la religion mormone. (dumb dumb dumb…). Big Love, série d’HBO, même si elle ne présente qu’un aspect de la religion, la polygamie, dresse un portrait vraiment émouvant, même si romancé, d’une famille mormone et polygame ainsi que d’une communauté fermée, les « compounds ». Bref, je ne rentre de toute façon pas dans la polémique, la religion mormone en vaut bien une autre, et n’est pas plus ni moins « tolérante » (beurk, quel mot affreux) que n’importe quelle autre.

Ce long paragraphe introductif me permet de présenter l’exil mormon vers l’Ouest : après l’assassinat du prophète Joseph Smith, les communautés mormones jugent la vie trop difficile et périlleuse dans l’est (Illinois, Missouri, par exemple) et se lancent dans un grand exil vers des terres hostiles, vierges et inconnues. Après avoir établi la plus grande communauté mormone près du grand lac salé, certaines familles décident de continuer encore leur chemin et se retrouvent dans le sud de l’Utah, à la fin des années 1870.

Une petite famille de pionniers s’installe à Junction, devenue Fruita, là où les premières nations Fremont s’étaient installées des milliers d’années auparavant. Ils ont restauré les systèmes d’irrigation primitifs près de la Fremont River et ont planté des centaines d’arbres fruitiers. Encore aujourd’hui, les vergers comportent 2 500 pommiers, poiriers, pêchers… entretenus par toute l’équipe du National Park.

A n’importe quel moment de l’année, le visiteur peut aller cueillir lui-même ses fruits, en fonction de ce qu’il y a sur les arbres ! C’est très agréable de déambuler dans un verger désert, avec pour seule compagnie les mule deer et les vers de pommes… (bin oui, c’est qu’ils sont bios, ces fruits!). On se sent isolés, même en arrivant près du logement des rangers (4 ou 5 petites maisons accompagnées d’un petit terrain de jeu et d’un jardin potager). J’ai mis longtemps à mettre un mot dessus, mais j’avais l’impression d’être dans le village du projet Dharma de Lost! C’est un endroit vraiment magique. 

Au début du 19ème siècle, la vallée de Fruita était surnommée « Le Jardin d’Eden » et l’on comprend vraiment pourquoi dès qu’on y met le pied… Les mormons avaient enfin trouvé leur terre promise. De cette époque ne reste que la Gifford’s House, une maison restaurée, accompagnée de sa grange (aujourd’hui occupée par un couple de chevaux à la retraite), la maison du ferrailleur ainsi que la petite école. Il faut noter que l’éducation était quelque chose de primordial pour les mormons : c’était presque le premier bâtiment construit dans une nouvelle colonie.

La Gifford’s House propose un petit coin boutique très sympa, qui fournit, entre autres, de délicieuses « pies » et « scones »… Mais il faut se lever à l’aube pour avoir sa part!
Encore une fois, j’admire le sens du détail et la reconstitution historique : rien n’est laissé au hasard et je n’ai pu noter aucune erreur, les historiens du parc ont réussi à allier le moderne à l’histoire et à faire quelque chose de vraiment authentique.

Le camping de Fruita est tout au bout de la vallée, juste à côté de la Gifford’s House et borde la Fremont River. Il n’y a qu’une petite cinquantaine d’emplacements qui sont pris d’assaut puisque le camping ne prend pas de réservations. Il y a une chose à savoir, cependant : c’est le seul logement possible à l’intérieur du parc, donc nous ne risquions pas de rencontrer d’autres personnes se balader dans le parc que les 50 présentes en même temps que nous ! Un bonheur… Surtout après le contraste avec Arches !
Nos petites tentes montées, nous pouvions nous poser un peu pour entendre le doux bruit de la rivière, les hennissements des chevaux et les petites biches courir dans les emplacements (j’en ai même surprise une la nuit, en train de brouter… sous la tente de L. et A. !)

Fruita, un coin de paradis…

Récit de voyage #6 : Arches National Park

Arches National Park est sans doute le plus visité et le plus fameux de tout l’État. Delicate Arch, son arche emblématique se retrouve même sur les plaques minéralogiques des Utah-iens.  Le parc est immense et nous avons un bel aperçu en arrivant sur place au coucher du soleil, dans la section de Park Avenue et du La Sal Mountain viewpoint. On a l’impression d’être au milieu d’un jardin d’arches rougeoyantes au soleil…

La première impression du parc est concluante : les paysages sont spectaculaires, le parc est immense et j’avoue que ça me fait plaisir de retrouver les endroits si longuement décrits par Edward Abbey… Seulement, le problème c’est que je retrouve aussi toutes les sensations décrites par Abbey : TROP DE TOURISTES!!! Lui-même est un vrai misanthrope, il déteste les gens, n’aspirait qu’à être dans sa cabane au milieu du désert et être, éventuellement, dérangé par les rattlesnakes. C’est un peu l’extrême… N’empêche qu’il n’a pas tort : peut-être que le parc a été trop aménagé, laissant moins de place pour les endroits sauvages ? Ou alors peut-être que justement les aménagements sont trop peu nombreux et que les touristes se massent ? En tout cas je pense qu’il faut découvrir le parc avec un permis de backcountry, sinon, il ne présente, pour moi, qu’un intérêt limité.
Nous rentrons retrouver notre petit motel à Moab, grande bourgade touristique s’articulant autour de la rue principale. Où plutôt, Moab, c’est la rue principale. Même si le village me parait moins authentique que certains autres du coin, l’ambiance y est plutôt agréable et détendue et on se rend rapidement compte que l’activité principale de la région, c’est le VTT! Enfin des choses ultra-sportives. Pas pour moi, quoi.
Après avoir failli faire exploser le motel (Ben a eu l’excellente idée de tripoter la bonbonne de butane, qui s’est finalement vidée), nous partons pour une balade dans le coin de Devil’s Garden, le point le plus au nord du parc. Nous essayons de commencer le chemin, très facile, assez tôt pour éviter les hordes de touristes (ce que nous n’arrivons qu’à moitié) pour prendre la petite portion du trailhead qui nous mène à la Landscape Arch, si je ne me trompe pas. Le sentier est vraiment très agréable et chemine au milieu d’une petite vallée arborée (le seul endroit pas désertique du parc) et on a vraiment la sensation de se trouver au milieu d’un jardin « secret », reculé, même si nous sommes loin d’être seuls. A faire ! Si on avait eu le temps, il aurait vraiment été agréable de faire le « loop » entier…
De retour dans la partie sud du parc, L. et A. voulaient absolument (ce que je comprends!) voir de près ou de loin la Delicate Arch. Sauf que sur le chemin, nous croisons des dizaines de bus bondés… Hmmm il serait peut-être judicieux de ne pas s’engager dans le sentier menant sous l’arche mais plutôt de l’observer de loin. Et je pense que même si elle était difficile à distinguer de là où nous étions,  nous avons fait le bon choix! Nous pouvions voir des dizaines et des dizaines de personnes se masser sous l’arche. Je pense que ça doit vraiment être spectaculaire d’aller la voir de près, mais alors sûrement pas en journée, et encore moins au coucher du soleil. Quand, alors? A minuit? 
La dernière escale de l' »auto-tour » sera à la Double Arch, majestueuse et géomorphologiquement intéressante (même si, malheureusement, j’ai arrêté la géomorphologie depuis longtemps : j’ai trouvé cet équilibre remarquable !). Nous avons du mal à trouver une place pour se garer… Je sais bien que nous sommes en plein dans la semaine du Labor Day mais les touristes américains ne sont de toute façon pas les plus nombreux.

Je suis contente et presque soulagée de quitter Arches. C’est sans doute une étape emblématique à ne pas louper. En ce qui me concerne, je n’en suis pas si sûre, je ne pense pas que ça soit une priorité… Je ne pense pas y retourner un jour, sauf en hiver, peut-être… en passant par le Canyonland National Park, que l’on dit seule zone encore sauvage du grand ouest, et que nous avions mis de côté cette fois-ci : nous n’étions pas équipés!

Récit de voyage #5 : Sur la route, Gooseneck State Park & Natural Bridges National Monument

Voilà les choses sérieuses qui commencent enfin ! Je ne sais pas trop pourquoi je dis ça, remarque… Si, on remonte enfin dans la montagne après avoir stagné dans le désert d’Arizona, et il n’y a rien qui peut me réjouir plus.
Près de la ville de Mexican Hat (qui porte bien son nom, d’après le monolithe que l’on peut repérer de loin) se trouve un point de vue qui, d’après le Routard « vaut le détour si vous passez dans le coin » (ahah!) et offre un « paysage noir et dénudé » (ahah bis). Étant donné que c’est sur le chemin, on n’allait pas se priver !

Nous voilà donc dans un petit State Park gratuit qui propose une vue sur 5 méandres de la boueuse San Juan River. Un paysage absolument époustouflant, et qui, à mon avis, vaut mille fois le point de vue pourri de Horseshoe Bend. Nous sommes une petite dizaine sur le parking pour admirer le paysage : c’est le silence absolu. On n’entend que le vol des abeilles et des hirondelles. Il fait évidemment très chaud mais le vent frais commence à revenir en altitude. Je vous laisse admirer… mais étant une trouillarde indécrottable, je ne me suis pas rapprochée assez du bord pour que vous puissiez voir l’intégralité des méandres !

Nous devions rejoindre Moab dans la soirée. Il était prévu qu’entre Gooseneck et notre prochaine destination, nous prenions un super raccourci (qui nous faisait tout simplement une coupure de 200 miles!). Ce que nous n’avions pas regardé c’est que sur ma carte… elle était en pointillé. Innocents, insouciants, nous arrivons vers un panneau routier présentant le scénario catastrophe d’une voiture qui tombe misérablement au fond d’un ravin. Ensuite, nous croisons le panneau « bump ». Hmmm… Et pour finir, le panneau de limitation de vitesse à 5 miles. Hmmm… Je vous laisse voir la suite si le cœur vous en dit !
http://vimeo.com/14499346
C’étaient sans doute les 3 miles les plus longs de notre vie, et pourtant, la route était finalement belle, assez large pour laisser passer deux petites voitures, mais les tournants, avec le vide en face, étaient… un peu déconcertants.
Suants mais vivants, nous arrivons au sommet et partons en direction d’un autre parc complètement méconnu et un peu à l’écart des grandes routes touristiques : le Natural Bridges National Monument. (que nous ne payons pas non plus grâce au pass des national parks.)

Ce parc a la particularité de présenter certains des plus grands ponts naturels du monde (ce qui n’est pas la même chose qu’une arche, l’érosion se fait par le bas pour un pont, et par le haut pour une arche). Nous décidons de descendre au Sipapu Bridge pour une rando de 2 miles, mais avec beaucoup de dénivelé… Le chemin est agrémenté d’escaliers et d’échelles en bois et encore une fois on entend… le silence complet. Un vrai bonheur, même si la montée est un peu rude pour les genoux ! Je reste un peu à l’écart du groupe pour rester admirer le pont d’en haut et écouter le bruit du vent qui y passe…

Récit de voyage #4 : Monument Valley

Prochaine escale : Goulding, petit village juste créé à proximité du Tribal Park de Monument Valley, où nous arrivons en fin de journée. En passant par Kayenta, la ville la plus grande du coin, nous avons une sensation tout à fait nouvelle : nous nous sommes sentis blancs. Oui, tout blancs, en territoire navajo. Kayenta n’est peuplée que de navajos et on avait pas l’air fins avec nos birkenstocks et notre beau teint. Sans être pauvre, la ville n’est pas non plus extrêmement prospère. C’est une sensation très étrange de se sentir comme « les étrangers », pour une fois. A Kayenta, j’ai aimé ce mélange de deux cultures : la plupart des hommes ont toujours les cheveux tressés et d’un autre côté, comme tout bon américain rural, ils conduisent le pick up GM. J’avais toujours imaginé les réserves indiennes comme un endroit clos, et ce n’est pas du tout le cas pour le territoire navajo, qui est d’ailleurs très étendu. On y entre, on en sort, sans s’en rendre compte. Monument Valley n’a jamais été mon rêve, plutôt celui d’A. qui est partie à l’aube le lendemain matin pour profiter du beau lever de soleil au milieu du désert.  Vous l’aurez compris, je suis toujours frustrée par les endroits où l’on ne doit pas faire l’effort d’explorer, donc oui, c’était beau, surtout au coucher du soleil, mais voilà. Trop radins (l’entrée est assez chère) et trop fatigués, on a préféré faire la grasse matinée…

Récit de voyage #3 : Sur la route, Lee’s Ferry et le Horseshoe Bend

Je remercie une fois de plus le magnifique site ouestusa.fr qui a été mon meilleur compagnon pour l’élaboration de ce voyage et qui mentionnait ce petit détour au bord du Colorado, peu après l’entrée dans la Glen Canyon National Recreation Area, avant de rejoindre notre prochaine étape, la Monument Valley. Ce site, vraiment superbe, est constitué d’un petit camping et surtout d’une magnifique plage au bord du majestueux Colorado. Les tons sont rougeoyants mais surtout turquoises, comme l’eau glacée du fleuve.

Quel bonheur de s’y tremper les mollets, de respirer un bon coup l’air frais (alors que 100 mètres plus loin c’est une fournaise à peine respirable en Septembre, alors je n’ose pas imaginer pas fin Juillet) et d’observer les pêcheurs du coin, dont une navajo qui a attrapé sa proie glissante avec les mains ! Nous voilà donc en territoire Navajo, au milieu de ces canyons complètement désolés et dépourvus de la moindre végétation dès que l’on s’éloigne un tant soit peu de l’unique source d’eau.

Je m’y serais presque baignée si on avait eu plus de temps ! Lee’s Ferry semble aussi être le lieu idéal pour faire un peu de canoë !

En poursuivant notre route en direction de Page, on prend de la hauteur pour pouvoir observer le même Colorado, mais cette fois des deux ponts surplombants le fleuve. Ma phobie des ponts ne m’a pas vraiment aidée pour me sentir pleinement à l’aise pour admirer le paysage et photographier mais, les jambes en coton, je suis quand-même parvenue à admirer le paysage, un paysage sec, avec un ciel bleu incroyable (je vous jure que les photos ne sont pas retouchées, et que je n’ai même pas de filtre !)

En se rapprochant de Page, on décide de passer au mythique point de vue du Horseshoe Bend, qui fait le bonheur de milliers de touristes chaque année et qui est caractérisé par la vue panoramique d’un méandre du-dit Colorado. Je n’ai pas peur de marcher, mais quand j’ai vu le kilomètre qu’il fallait parcourir dans le sable, en plein soleil et à midi, je me suis dit qu’on allait souffrir. Qu’importe, tels de vaillants panda, hibou, tricératops et chipmunk (ce sont nos noms de scène), nous nous y aventurons.
Nous nous approchons de la falaise et première impression : je déteste. Je déteste la foule de gens qui se massent contre le précipice, je déteste l’agitation, le bruit et l’inconscience des gens. Et comble de tout, je déteste le point de vue. Je le trouve banal, finalement, et pas si spectaculaire, en tout cas beaucoup moins que le précédent. Qui plus est, on commence à voir le désastre écologique qu’est le Lac Powell et l’horrible ville de Page d’ici. Bof, bof. Je pense que ça restera un des points noirs du séjour, pour moi !

I guess we’ll just have to adjust

Cela fait 5 jours que j’ai posé le pied en France. Depuis au moins un mois, j’avais très hâte de retourner « chez moi » : beaucoup d’amis s’envolent à leur tour, donc je voulais les voir avant, j’avais hâte de revoir ma ville, Lyon, sous ses beaux habits d’automne, j’ai hâte de finir mes études, de commencer autre chose…
Je ne pensais pas que le départ de Montréal soit aussi difficile, je ne pensais pas non plus pleurer comme une madeleine en voyant les lumières de la ville encadrer le St Laurent, de nuit, au décollage. J’imagine que c’est parce que ces quelques mois m’ont beaucoup marqué, et que c’est évidemment positif, je me suis aussi rendue compte qu’après tout, Montréal était encore plus « en moi » que je ne le pensais.
Pendant ces longs mois, j’ai toujours « défendu » les français contre certains clichés qui ont la vie dure, face à mes collègues québécois qui ne cessaient de me taquiner : oui, on se lave plus d’une fois par mois, non on ne se balade pas toujours avec un st marcellin bien fait au fond de notre sac, oui, on connait les rudiments de la politesse, etc… Et pourtant, en arrivant à Paris, où je faisais ma correspondance, je me suis sentie bousculée, on ne m’a jamais dit pardon, les gens étaient pressants et peu accueillants… J’ai toujours ressenti ça à Paris mais c’était encore plus amplifié cette fois ci, comme si j’avais oublié.
Une sorte de choc culturel à l’envers, quoi… De retour à Lyon, j’ai eu l’impression que la ville avait changée. Je me suis vite rendue compte que non, c’était moi qui avait changé, je ne vois plus les choses du même œil. Ne vous méprenez pas : je porte toujours le même amour inconditionnel pour ma ville mais lors de ma première balade, juste le lendemain de l’atterrissage, je me sentais déphasée, décalée, comme si j’étais dans un pays étranger. Mes sentiments étaient contrastés, ça me rappelle d’ailleurs lorsque j’étais petite et que nous revenions de deux mois « au bled », en Espagne. J’étais si heureuse de retrouver mes jouets que j’étais folle, mais d’un autre côté je me serais bien passé de rentrer à l’école quelques jours après…
Je le savais avant de partir : à partir du moment où on vit ailleurs, qui plus est dans un univers aussi différent que Montréal, on change. J’ai toujours l’impression que Lyon est mon seul chez moi au monde, le seul endroit que j’identifie comme ça. Mais ça n’a jamais été le seul endroit où je peux m’épanouir et où je me sens bien. J’ai l’impression d’être le cul entre deux chaises : je suis heureuse comme jamais d’être rentrée chez moi et d’avoir mille choses à faire, d’aimer toujours autant cet endroit, mais d’un autre côté, j’ai une envie encore plus vivace de repartir, dans quelques mois. Comme si ça allait être comme ça toute ma vie, comme si j’allais avoir besoin de m’envoler tous les deux ans vers de nouveaux horizons, pour mieux retrouver mes racines par la suite.

Au menu : J’ai fini l’école, et je pars vers l’inconnu. C’est effrayant plus qu’excitant pour le moment mais j’essaye déjà de m’en sortir : un petit boulot pour Octobre, un autre pour Janvier, et au milieu de tout ça, je ne vais sûrement pas m’arrêter de voyager. Londres et Madrid sont déjà prévus et surtout, surtout, le prochain grand décollage sera pour 2012…

Récit de voyage #2 : Grand Canyon – North Rim

Un voyage avec des amis, ça doit être fait de compromis. C’est pour ça que lorsque mon amie L. m’a dit quelque chose comme « Le Grand Canyon, c’est obligé! » je m’imagine avoir ressemblé à cette petite illustration inconnue à gauche.
Cependant, je suis juste et magnanime (comme Dieu, un peu) donc je me suis renseignée pour trouver une solution afin d’éviter de me retrouver dans un soi-disant National Park, au milieu des millions de cars de touristes, d’avions, d’hélicoptères, de Mc Donald’s et j’en passe des meilleurs. Prendre sa photo devant le Grand Canyon doit être une institution depuis que la photographie existe. Et moi ça m’emmerde. En fouillant un petit peu à droite et à gauche, j’ai trouvé LA solution : il existe aussi une entrée du parc sur le versant nord, qui n’est fréquenté que par 10% des visiteurs du parc.

Plus haut en altitude, plus froid, mais aussi plus sauvage : c’est ce qu’il nous fallait ! Nous voici donc partis pour la North Rim, la route est longue mais belle, entre les prairies de haute altitude et les forêts d’épineux récemment brûlées. Au crépuscule, nous sommes presque seuls et nous pouvons observer les animaux qui paissent tranquillement : des mule deer, des petits oiseaux de partout mais aussi… un troupeau de bisons ! Je ne sais pas s’ils sont rares dans le coin, cela m’étonnerait, mais nous avons tous été époustouflés par cette surprise incroyable. Après une première nuit dans les très sympas petits lodges en rondins de bois, nous pouvons enfin découvrir le panorama. Le visitor center, à la Shining, surplombe le Grand Canyon, que nous pouvons enfin voir.

Ce n’est pas le panorama classique que nous connaissons : les couleurs sont plus sombres, les pentes sont plus boisées, ce n’est bel et bien pas désertique ! On ne voit pas jusqu’où mènent les vertigineuses falaises, que ce soit du Point Imperial (2684 mètres d’altitude et mon asthme se réveille, il me faudra quelques jours pour me sentir très bien à cette altitude) ou au visitor center… Je ne suis pas spécialement à l’aise devant des paysages à perte de vue (je vais pas me psychanalyser ici, on va juste dire que je ne suis pas à l’aise!). Généralement (et l’avenir va le prouver), je n’arrive pas à trouver de point d’accroche pour l’oeil, j’y trouve un côté frustrant : bon ok, c’est magnifique, mais on fait quoi là, on peut même pas y aller ? Ce côté inaccessible… Mais il n’y a pas à dire, il est facile de se laisser charmer par le bruissement des pins et de rester des heures à contempler le grand canyon… A essayer de repérer les différentes strates de roches, de comprendre comment, pourquoi, et depuis quand elles sont là, à guetter la moindre manifestation animale, à tenter de regarder au loin si on voit une trace de la civilisation…

Nous attendons le coucher de soleil comme de bons vieux touristes : bières, cocas ou jus de fruits à la main. La plupart des touristes sont des locaux, partis pour le Labor Day et c’est très agréable de savoir que l’on est au Grand Canyon, mais pourtant dans un endroit qui reste hors des sentiers battus, relativement, bien-sûr. Notre première nuit au camping est tout aussi épique : les warriors que nous sommes parvenons tout de même à allumer un magnifique bonfire, carboniser des popcorns, griller des saucisses, et surtout, mourir de froid la nuit. Nous n’avons malheureusement pas le temps de randonner cette fois-ci, c’est décevant mais c’est pas grave… on reviendra bien un jour ou l’autre

Récit de voyage #1 : Enfin de retour dans l’Utah


Alors que je suis presque dans l’avion pour retourner en France, ce petit article ouvre le bal de ce petit récit de voyage que je vais vous offrir. Deux magnifiques semaines, principalement en Utah, nous on enfin permis de décompresser un peu et de savourer tranquillement les derniers jours d’été. Au menu : camping, rando, photographie, bons restos… Je ne demande rien de plus! Au moment où j’écris, cela ne fait que quatre jours que nous avons quitté Rockville et j’ai déjà le mal du pays, et cette envie de plus en plus vive d’y retourner quelques temps. Mais chaque chose en son temps…
Notre première étape était donc évidemment Rockville, où nous y avons attendu nos compagnons de route pendant 2 petits jours. L’arrivée à Vegas m’a laissé encore une fois une impression déplorable : Dieu que cette ville est sans charme ! Mais j’irai encore plus loin, elle est surtout incroyablement laide, inutile, gaspilleuse, bref, une verrue au milieu du désert du Nevada. C’est malheureusement l’aéroport le plus accessible de St George (UT) donc nous n’avons pas bien le choix…

Nous passons les quelques jours avec la famille et en redécouvrant encore le parc national de Zion, qui est encore plus grandiose que lorsque nous l’avions laissé il y a deux étés. L’avantage de partir début septembre, c’est que c’est vraiment la saison creuse… Nous étions presque tous seuls pour les balades de Weeping Rock mais malheureusement, le Riverside Walk n’est vraiment pas une bonne idée en milieu d’après-midi! Etant la rando la plus facile du parc et accessible aux fauteuils roulants, elle est effectivement bondée à certains moments de la journée. En revanche, elle reste charmante : entendre le clapotis de la Virgin River, voir les biches se balader tranquillement (quand des touristes ne viennent pas leur mettre des flashs dans la gueule)… bref, ça reste toujours aussi attrayant !

Une expatriation en chiffres

8 passages de la frontière américaine (et 8 passages dans l’autre sens : non, nous ne sommes pas clandestins!)
– Une 10aine de burgers de la Paryse dévorés
12 000 kilomètres de transatlantique
6 visiteurs courageux
2 séjours aussi différents que fantastiques au bord de l’Océan
2 blocs de foie gras : bien plus que dans une année normale, merci les visiteurs courageux!
1 jeu de questions/réponses québécois et encore plus de questions sur des auteurs régionaux et joueurs de hockey
56 films loués dans notre vidéo-club
7 intégrales de séries dévorés
2 appartements, 1 tente
2 homards pour moi toute seule
– Une 30aine de réunions tupperwares
5 matches de Roller Derby
1 tremblement de terre
9 concerts dont 4 d’Arcade Fire
66 kilos de bagages à l’aller
– Finalement autant de bagages au retour (merci aux 6 courageux visiteurs!)
1 voyage dans l’Utah, avec 2 encore plus courageuses visiteuses, et beaucoup trop de souvenirs et de fou-rires pour qu’ils se retrouvent en chiffres
12 tablettes de chocolat à cuire expédiées et/ou cachées au fond des valises
1 œillade avec Dan Boeckner, 20 autres avec Tim Kingsbury
– des milliers de photographies
1 taxi jaune
-24°C et 45°C
– une 100aine de $ dépensés chez American Eagle Outfitters
12 photos de calendrier des Dieux du Stade (du stade Germain Poulain de Blainville s/ Seine)
– une petite 100aine de cartes postales (de bon goût) envoyées
1 partenaire de voyage d’1m80 (là, c’est pour la stat’ indispensable)
– des 10aines d’heures passées à écrire sur mon blog et à lire celui des autres (une pensée particulière pour 1 néo-zélandaise, 2 maltais, 1 anglaise et 1 ex-athénienne)
– des 10aines d’heures sur Skype
6 pieds dans l’eau du Lac Champlain
1 mémoire de 101 petites pages et 1 début de thèse
7 national parks
3 balades dans des cimetières



don’t know where we go… let’s go

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