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Archives de la catégorie ‘Capitol Reef National Park’

Récit de voyage #9 : Capitol Reef National Park, de jour, mais surtout de nuit

 Nous profitons de la fraicheur pour faire une petite rando (quand-même 6 miles aller-retour) et c’est le Old Wagon Trail sur lequel se pose notre choix! Sur le chemin des miniers qui passaient par là… Nous pouvons enfin admirer le Waterpocket Fold et autres belles formes géologiques que j’essaye de déchiffrer, mais je suis un peu rouillée! Le parc est désert, mais nous ne pouvons malheureusement pas faire la scenic view avec notre grosse Dodge, c’est déconseillé quand on n’a pas 4 roues motrices… Tant pis, ce sera pour la prochaine fois !
La soirée est un peu tumultueuse même s’il fait un temps magnifique : je me fais attaquer par une horde de guêpes, et l’une d’entre elle n’hésite pas à faire un attentat suicide sur mon bras, qui se transforme immédiatement en gros chamallow douloureux. Heureusement, L. sort sa pompe anti-venin comme elle dégainerait un .44 colt et les dommages ne sont que modérés. Pendant ce temps là, une jolie ranger nous invite à sa conférence sous les étoiles du camping de Fruita, plus tard dans la nuit. Le thème principal est la pollution lumineuse, comment y remédier, comment observer les étoiles… 
Elle nous annonce que Capitol Reef est suffisamment éloigné de tous les centres urbains, ce qui nous permet d’avoir une qualité optimale de « ciel » la nuit, un noir absolu, ce qui devient de plus en plus rare. C’est d’ailleurs un des derniers endroits « purs » d’Amérique du Nord. Pendant sa conférence, nous pouvons observer des étoiles filantes, et surtout, la voie lactée, immense, magnifique. C’était la première fois que je voyais le ciel comme ça de ma vie et je pense que ça reste mon meilleur souvenir de voyage. Je reste tout simplement sans mots pour décrire cette beauté.

Récit de voyage #8 : Capitol Reef National Park, les mormons

J’ai souvent remarqué que mes interlocuteurs français confondaient presque tout le temps les populations amishes et mormones. Une fois que les bases sont établies, il y a toujours cette moquerie persistante envers l’Église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour (nom officiel), souvent considérée comme une secte en France, mais qui commence à être réhabilitée comme religion. L’autre chose dont on me parle immédiatement : c’est la polygamie (appelée « mariage plural » pour être politiquement correct). Effectivement, la polygamie est une des bases importantes de la religion mormone, mais ce n’est cependant pas uniquement comme ça qu’elle se définit, et ce n’est pas non plus son fondement. Je ne vais pas faire un cours d’histoire mormone, car je suis loin d’être qualifiée à ce sujet, mais je conseille à tous de voir l’épisode de South Park, « Tout sur les mormons » (« All about mormons ») qui présente de façon grinçante et vraiment drôle la religion mormone. (dumb dumb dumb…). Big Love, série d’HBO, même si elle ne présente qu’un aspect de la religion, la polygamie, dresse un portrait vraiment émouvant, même si romancé, d’une famille mormone et polygame ainsi que d’une communauté fermée, les « compounds ». Bref, je ne rentre de toute façon pas dans la polémique, la religion mormone en vaut bien une autre, et n’est pas plus ni moins « tolérante » (beurk, quel mot affreux) que n’importe quelle autre.

Ce long paragraphe introductif me permet de présenter l’exil mormon vers l’Ouest : après l’assassinat du prophète Joseph Smith, les communautés mormones jugent la vie trop difficile et périlleuse dans l’est (Illinois, Missouri, par exemple) et se lancent dans un grand exil vers des terres hostiles, vierges et inconnues. Après avoir établi la plus grande communauté mormone près du grand lac salé, certaines familles décident de continuer encore leur chemin et se retrouvent dans le sud de l’Utah, à la fin des années 1870.

Une petite famille de pionniers s’installe à Junction, devenue Fruita, là où les premières nations Fremont s’étaient installées des milliers d’années auparavant. Ils ont restauré les systèmes d’irrigation primitifs près de la Fremont River et ont planté des centaines d’arbres fruitiers. Encore aujourd’hui, les vergers comportent 2 500 pommiers, poiriers, pêchers… entretenus par toute l’équipe du National Park.

A n’importe quel moment de l’année, le visiteur peut aller cueillir lui-même ses fruits, en fonction de ce qu’il y a sur les arbres ! C’est très agréable de déambuler dans un verger désert, avec pour seule compagnie les mule deer et les vers de pommes… (bin oui, c’est qu’ils sont bios, ces fruits!). On se sent isolés, même en arrivant près du logement des rangers (4 ou 5 petites maisons accompagnées d’un petit terrain de jeu et d’un jardin potager). J’ai mis longtemps à mettre un mot dessus, mais j’avais l’impression d’être dans le village du projet Dharma de Lost! C’est un endroit vraiment magique. 

Au début du 19ème siècle, la vallée de Fruita était surnommée « Le Jardin d’Eden » et l’on comprend vraiment pourquoi dès qu’on y met le pied… Les mormons avaient enfin trouvé leur terre promise. De cette époque ne reste que la Gifford’s House, une maison restaurée, accompagnée de sa grange (aujourd’hui occupée par un couple de chevaux à la retraite), la maison du ferrailleur ainsi que la petite école. Il faut noter que l’éducation était quelque chose de primordial pour les mormons : c’était presque le premier bâtiment construit dans une nouvelle colonie.

La Gifford’s House propose un petit coin boutique très sympa, qui fournit, entre autres, de délicieuses « pies » et « scones »… Mais il faut se lever à l’aube pour avoir sa part!
Encore une fois, j’admire le sens du détail et la reconstitution historique : rien n’est laissé au hasard et je n’ai pu noter aucune erreur, les historiens du parc ont réussi à allier le moderne à l’histoire et à faire quelque chose de vraiment authentique.

Le camping de Fruita est tout au bout de la vallée, juste à côté de la Gifford’s House et borde la Fremont River. Il n’y a qu’une petite cinquantaine d’emplacements qui sont pris d’assaut puisque le camping ne prend pas de réservations. Il y a une chose à savoir, cependant : c’est le seul logement possible à l’intérieur du parc, donc nous ne risquions pas de rencontrer d’autres personnes se balader dans le parc que les 50 présentes en même temps que nous ! Un bonheur… Surtout après le contraste avec Arches !
Nos petites tentes montées, nous pouvions nous poser un peu pour entendre le doux bruit de la rivière, les hennissements des chevaux et les petites biches courir dans les emplacements (j’en ai même surprise une la nuit, en train de brouter… sous la tente de L. et A. !)

Fruita, un coin de paradis…

Récit de voyage #7 : Capitol Reef National Park, les premières nations

Si jamais il y a un lecteur perdu par hasard ici et qui doit planifier un voyage, je préfère le dire très haut : il n’y a PAS de pompe à essence entre la ville de Green River et celle de Fruita. Il faut donc faire le plein, ce que nous n’avions pas fait… immédiatement. Cependant, c’est avec le réservoir bien plein que nous nous engageons sur la longue et belle route descendant vers le sud et le parc de Capitol Reef, bien méconnu du grand public. Ce qui nous arrange. N’empêche que… ils ne savent pas ce qu’ils ratent. Capitol Reef est extrêmement isolé, sans être forcément difficile d’accès, il n’y a pas de ville alentour. La plus proche est Torrey, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest, mais n’a rien d’autre à proposer qu’une ou deux stations services, une petite épicerie où l’on trouve de tout mais à un prix qui fait exploser la tête, et un petit bureau de poste. C’est déjà pas mal pour un petit village de 100 habitants, où l’on voit quand-même la légère empreinte du tourisme, avec un ou deux motels en bord de route. Comme toutes les petites villes de la région, c’est bien-sûr un village créé par des pionniers mormons, qui ne manque à mon avis pas de charme.

Même si l’on passe non loin du Anazasi State Park, que j’aurais vraiment aimé avoir le temps de visiter, Fruita est plutôt un des anciens lieux de vie de la population Fremont, très influente et dispersée dans tout le sud de l’Utah, jusqu’aux frontières actuelles du Colorado, de l’Idaho et du Nevada. Les Fremont sont beaucoup moins étudiés que les Anasazi, et on ne sait d’ailleurs toujours pas avec certitude pourquoi quelques Fremont ont quitté leurs lieux de population « classiques » pour venir s’isoler dans le canyon de Capitol Reef : les conditions de vie y sont difficiles et l’hiver très rigoureux… Les archéologues énoncent cependant quelques hypothèses : ils ont voulu s’isoler pour être indépendants et fuir les pressions des autres tribus, par exemple… En attendant, les Fremont laissent un témoignage très riche dans la vallée, avec de nombreux pétroglyphes vraiment bien visibles, malgré quelques effondrements. On ne connait pas encore la signification de ce que l’on appelle le « rock art », terme de plus en plus remis en cause car l’on ne sait même pas si ces gravures avaient une fonction artistique ou utilitaire, mais ce n’est pas grave, avoir le privilège d’admirer un si beau témoignage d’une population disparue, d’une époque si lointaine, ça a quelque chose de magique, et personnellement, ça m’a fait tourner la tête…

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